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40 ans de chansons sur scène

2019

01.

Ouverture

02.

22 mai

Paroles
03.

Stalag-tilt

Paroles
04.

Eloge de la tristesse

Paroles
05.

Les dingues et les paumés

Paroles
06.

Le jeu de la folie

Paroles
07.

Crépuscule - transfert

Paroles
08.

La ruelle des morts

Paroles
09.

La vierge au Dodge 51

Paroles
10.

Septembre rose

Paroles
11.

Critique du chapitre 3

Paroles
12.

Lorelei Sébasto cha

Paroles
13.

Exil sur la planète-fantôme

Paroles
14.

Affaire Rimbaud

Paroles
15.

Confessions d'un never been

Paroles
16.

Mathématiques souterraines

Paroles
17.

Un vendredi 13 à 5h

Paroles
18.

L'agence des amants de madame Müller

Paroles
19.

Je t'en remets au vent

Paroles
20.

La dèche, le twist & le reste

Paroles
21.

Un automne à Tanger

Paroles
22.

L'ascenceur de 22h43

Paroles
23.

Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs)

Paroles
24.

Alligators 427

Paroles
25.

Sweet Amanite phalloïde queen

Paroles
26.

La maison Borniol

Paroles
27.

Soleil cherche futur

Paroles
28.

Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable

Paroles
29.

Toboggan

Paroles
30.

La fille du coupeur de joints

Paroles
31.

Dernière station avant l'autoroute

Paroles
ÉCOUTER / TÉLÉCHARGER / COMMANDER

22 mai

22 mai 1968
3 heures de l’après-midi
le printemps qui refleurit
fait transpirer le macadam
sur l’autoroute de l’ouest
un séminariste à moto
j’ai bien dit à moto
roule à toute allure vers un point non défini

sur le porte-bagages
le saint-esprit qui jusque-là
était resté bien sagement assis
se coince soudain l’aile gauche
dans les rayons de la roue arrière :
ah ! ah ! ah ! (3 fois)
le séminariste perd le contrôle de sa motocyclette
& vient percuter de plein fouet
un pylône garé en stationnement illicite
sur le bas-côté de l’autoroute

à ce même moment un chinois de hambourg
déguisé en touriste américain
au volant d’un cabriolet de 22 chevaux
immatriculé en espagne
se dit qu’il lui faut porter secours à ce séminariste
mais bientôt cette idée lui paraît ridicule
étant donné :
petit a : qu’il ne roule pas sur la même autoroute
petit b : qu’il n’est pas au courant de cet accident

& ce fut sans doute l’événement le plus important de ce mois de mai !

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Stalag-tilt

milliards d’étoiles
mettant leurs voiles
carbonisées
soleils factices
fin d’orifices
climatisés
reviens
reviens petite
les stalactites
veulent m’emmurer
reviens
déconne pas
sans toi mon cas
est périmé (bis)

les p’tites frangines
des magazines
me laissent leurs clés
& je m’ébranle
dans le chambranle
des pages tournées
… tournez !
reviens
reviens petite
dans ma guérite
érotiser
reviens
déconne pas
sans toi mon cas
est périmé (ad lib.)

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Claude Mairet

Eloge de la tristesse

tu vides des packs de mauvaise bière
bercé par france télévision
qui t’offre ses documentaires
sur les stations d’épuration
même l’été sous la canicule
t’as froid dans ton thermolactyl
& tu pleures au milieu des bulles
de ton sushi rayé des îles
apprends donc à tenir ta laisse
t’es pas tout seul en manque de secours
la tristesse est la seule promesse
que la vie tient toujours

t’as pas appris dans ton enfance
l’amour, la joie ni le bonheur
t’as juste étudié l’arrogance
dans l’angoisse, la honte & la peur
ton fax fixe un démon qui passe
à l’heure où tout devient trop clair
où tu contemples dans ta glace
une certaine idée de l’enfer
apprends donc à tenir ta laisse
t’es pas tout seul en manque de secours
la tristesse est la seule promesse
que la vie tient toujours

peut-être qu’un jour chez norauto
tu verras ta reine arriver
au volant de la stéréo
d’un tuning-car customisé
mais l’amour s’use à la lumière
& les louttes sont toutes un peu louffes
elles te feront jouer du somnifère
dans un H.P. avec les oufs
apprends donc à tenir ta laisse
t’es pas tout seul en manque de secours
la tristesse est la seule promesse
que la vie tient toujours

peut-être qu’en smurfant sur ta folie
tu deviendras l’idole des bas-fonds
à qui le branleux tout-paris
fera sa standing ovation
mais d’applauses en salamalecs
de backstages en mondanités
la réussite est un échec
pour celui qui veut plus danser
apprends donc à tenir ta laisse
t’es pas tout seul en manque de secours
la tristesse est la seule promesse
que la vie tient toujours

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Les dingues et les paumés

les dingues & les paumés jouent avec leurs manies
dans leurs chambres blindées leurs fleurs sont carnivores
& quand leurs monstres crient trop près de la sortie
ils accouchent des scorpions & pleurent des mandragores
& leurs aéroports se transforment en bunkers
à quatre heures du matin derrière un téléphone
quand leurs voix qui s’appellent se changent en revolvers
& s’invitent à calter en se gueulant : come on !

les dingues & les paumés se cherchent sous la pluie
& se font boire le sang de leurs visions perdues
& dans leurs yeux-mescal masquant leur nostalgie
ils voient se dérouler la fin d’une inconnue
ils voient des rois-fantômes sur des flippers en ruine
crachant l’amour-folie de leurs nuits-métropoles
ils croient voir venir dieu ils relisent hölderlin
& retombent dans leurs bras glacés de baby-doll

les dingues & les paumés se traînent chez les borgia
suivis d’un vieil écho jouant du rock’n’roll
puis s’enfoncent comme des rats dans leurs banlieues by night
essayant d’accrocher un regard à leur khôl
& lorsque leurs tumbas jouent à guichet fermé
ils tournent dans un cachot avec la gueule en moins
& sont comme les joueurs courant décapités
ramasser leurs jetons chez les dealers du coin

les dingues & les paumés s’arrachent leur placenta
& se greffent un pavé à la place du cerveau
puis s’offrent des mygales au bout d’un bazooka
en se faisant danser jusqu’au dernier mambo
ce sont des loups frileux au bras d’une autre mort
piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal
ils ont cru s’enivrer des chants de maldoror
& maintenant ils s’écroulent dans leur ombre animale

les dingues & les paumés sacrifient don quichotte
sur l’autel enfumé de leurs fibres nerveuses
puis ils disent à leur reine en riant du boycott
la solitude n’est plus une maladie honteuse
reprends tes walkyries pour tes valseurs masos
mon cheval écorché m’appelle au fond d’un bar
& cet ange qui me gueule : viens chez moi mon salaud !
m’invite à faire danser l’aiguille de mon radar

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Claude Mairet

Le jeu de la folie

cimetière de charleville, cimetière d’auvers-sur-oise
mon âme funérailleuse me fusille le cerveau
il est fini le temps des laudanums-framboises
& le temps des visites au corbeau d’allan poe
voici la voile noire du navire de thésée
qui me déchire les yeux au large de sounion
où un stupide anglais prétentieux a gravé
comme un vulgaire touriste le nom de lord byron

le jeu de la folie est un sport de l’extrême
qui se pratique souvent au bord des précipices
où dans les yeux des filles au bout des couloirs blêmes
des labyrinthes obscurs aux fumeux artifices

ne m’attends pas ce soir car la nuit sera noire
& blanche, illuminée, rue de la vieille lanterne
où nerval a pendu son linge & sa mémoire
sous le regard des dieux au bout d’un drap en berne
je rêve de transparence & d’épouvantes mystiques
le long de la frontière qui jouxte l’inconnu
en traînant mon cadavre & mon vide pathétique
& ma douleur femelle sur mon dos de bossu

le jeu de la folie est un sport de l’extrême
qui se pratique souvent au bord des précipices
où dans les yeux des filles au bout des couloirs blêmes
des labyrinthes obscurs aux fumeux artifices

baudelaire est mort hier à 11 heures du matin
en zoomant d’apaisantes nuées crépusculaires
fatigué d’un été qui le rongeait sans fin
& de l’hargneuse odeur des furies sanitaires
moi je pars pour dublin sur un nuiteux cargo
qui traverse le temps perdu de la sagesse
& rejoins le bateau ivre d’arthur rimbaud
dans le flux des bateaux tankers d’arthur guiness

le jeu de la folie est un sport de l’extrême
qui se pratique souvent au bord des précipices
où dans les yeux des filles au bout des couloirs blêmes
des labyrinthes obscurs aux fumeux artifices

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Philippe Paradis

Crépuscule - transfert

dans la clarté morne & glaciale
d’un ténébreux soleil d’hiver
tu te blottis comme un animal
sous les tôles rouillées d’une chrysler
entre une laverie automatique
en train de cramer & un bunker
y’a plus grand-chose de magnétique
sur la bande son de ton flipper…

les gens tristement quotidiens
dans leur normalité baveuse
traînent leur futur d’euro-pingouins
au bout de leurs graisses albumineuses
& toi tu n’sais plus où aller
de cul-de-sac en voie sans issue
t’as juste appris à éviter
les snipers & les tirs d’obus

l’horreur est humaine, clinique & banale
enfant de la haine, enfant de la peur
l’horreur est humaine, médico-légale
enfant de la haine, que ta joie demeure !

sous les regards torves & nighteux
des cyborgs aux circuits moisis
les cerveaux devenus poreux
s’en retournent à la barbarie
& tu traînes tes tendres années
d’incertitude & d’impuissance
parfois tu rêves de t’envoler
de mourir par inadvertance

l’horreur est humaine, clinique & banale
enfant de la haine, enfant de la peur
l’horreur est humaine, médico-légale
enfant de la haine, que ta joie demeure !

dans les dédales vertigineux
& séculaires de ta mémoire
tu froisses un vieux cahier poisseux
plein de formules d’algèbre noire
à quoi peut ressembler ton spleen
ton désespoir & ton chagrin
vus d’une des étoiles anonymes
de la constellation du chien ?

l’horreur est humaine, clinique & banale
enfant de la haine, enfant de la peur
l’horreur est humaine, médico-légale
enfant de la haine, que ta joie demeure !

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

La ruelle des morts

avec nos bidons en fer blanc
on descendait chercher le lait
à la ferme au soleil couchant
dans l’odeur des soirs de juillet
on avait l’âge des confitures
des billes & des îles aux trésors
& l’on allait cueillir les mûres
en bas dans la ruelle des morts

on nous disait que barberousse
avait ici sa garnison
& que dans ce coin de cambrousse
il avait vaincu des dragons
on avait l’âge de nos fêlures
& l’on était conquistadors
on déterrait casques & fémurs
en bas dans la ruelle des morts

on arrosait toutes nos victoires
à grands coups de verre de kéfir
ivres de joie & sans le savoir
on reprenait mers el-kébir
puis c’était nos chars en dinky
contre les tigres-doryphores
qui libéraient la french county
en bas dans la ruelle des morts

que ne demeurent les printemps
à l’heure des sorties de l’école
quand les filles nous jouent leurs 16 ans
pour une bouiffe de royale menthol
je ne sais plus si c’était françoise
martine, claudine ou marie-laure
qui nous faisaient goûter leurs framboises
en bas dans la ruelle des morts

que ne demeurent les automnes
quand sonne l’heure de nos folies
j’ai comme un bourdon qui résonne
au clocher de ma nostalgie
les enfants cueillent des immortelles
des chrysanthèmes, des boutons d’or
les deuils se ramassent à la pelle
en bas dans la ruelle des morts

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Pierre Le Feuvre & Jean-François Péculier

La vierge au Dodge 51

ce matin le marchand de coco n’est pas passé & au lieu de se rendre à l’école tous les vieillards se sont amusés à casser des huîtres sur le rebord du trottoir avec des démonte-pneus… sur ma porte j’ai marqué : absent pour la journée ! dehors il fait mauvais, il pleut des chats & des chiens… les cinémas sont fermés, c’est la grève des clowns… alors je reste à la fenêtre à regarder passer les camions militaires… puis je décroche le téléphone & je regarde les postières par le trou de l’écouteur

tu as la splendeur d’un enterrement de première classe (bis) & moi j’suis timide comme un enfant mort-né (bis) oh, timide ! oh, mort-né ! dans x temps il se peut que les lamelles de mes semelles se déconnectent & que tu les prennes sur la gueule… je t’aime, je t’aime, je t’aime ! & je t’offre ma vie & je t’offre mon corps, mon casier judiciaire & mon béribéri, je t’aime !

ce matin les enfants ont cassé leurs vélos avant de se jeter sous les tramways n°1, n°4, n°10, n°12, n°30, 51, 62, 80, 82, 90, 95, 101, 106 et 1095 (qui gagne un lavabo en porcelaine) ! en sautant de mon lit j’ai compté les morceaux… c’est alors que j’ai vu le regard inhumain de ton amant maudit qui me lorgnait comme une bête à travers les pales du ventilateur tout en te faisant l’amour dans une baignoire remplie de choucroute garnie

tu as la splendeur d’un enterrement de première classe (bis) & moi j’suis timide comme un enfant mort-né (bis) oh, timide ! oh, mort-né ! dans x temps il se peut que les lamelles de mes semelles se déconnectent & que tu les prennes sur la gueule… je t’aime, je t’aime, je t’aime ! & je t’offre ma vie & je t’offre mon corps, mon casier judiciaire & mon béribéri, je t’aime !

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Septembre rose

naufragé virtuose
d’un amour clandestin
dans la métamorphose
des embruns souterrains
tu jaillis ruisselant
d’une vague utérine
sur ce ventre brûlant
de tendresse féminine
baby boy…
sweet baby boy
my baby boy (bis)

ton premier cri réveille
de son écho brisé
l’ouragan qui sommeille
dans mes veines oxydées
& nos regards préludent
le jeu de la pudeur
quand par manque d’habitude
on se méfie du bonheur
baby boy…
sweet baby boy
my baby boy (bis)

oh ! my son of the wind
my little wunderkind
oh ! mon septembre rose
d’amour-apothéose
baby boy…

passées les cruautés
du théâtre organique
tu retournes apaisé
vers ta faune onirique
où les miroirs d’automne
reflètent à fleur de flamme
ta jeune écorce d’homme
éclaboussée de femme
baby boy…
sweet baby boy
my baby boy (ad lib.)

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Hubert Félix Thiéfaine & Claude Mairet

Critique du chapitre 3

(Du Livre De L’écclésiaste)

& les roses de l’été
sont souvent aussi noires
que les charmes exhalés
dans nos trous de mémoire
les vaccins de la vie
sur les bleus de nos cœurs
ont la mélancolie
des sols bémols mineurs
pour un temps d’amour
tant de haine en retour

quelques froides statues
aux pieds des sycomores
rappellent un jamais plus
avec le nom des morts
un oiseau de chagrin
dans le ciel assombri
chante un nouveau matin
sur des ruines en bosnie
pour un temps d’amour
tant de haine en retour

je visionne les miroirs
de ces vies déchirées
maintenant que le soir
ne cesse de tomber
& ma colère qui monte
& ma haine accrochée
au-dessus de ces tombes
où je n’ose pas cracher
pour un temps d’amour
tant de haine en retour

d’autres salauds cosmiques
s’enivrent à bételgeuse
dans les chants magnétiques
des putains nébuleuses
l’humain peut disparaître
& son monde avec lui
qu’est-ce que la planète terre
dans l’œil d’un rat maudit ?
pour un temps d’amour
tant de haine en retour

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Lorelei Sébasto cha

mon blues a déjanté sur ton corps animal
dans cette chambre où les nuits durent pas plus d’un quart d’heure
juste après le péage assurer l’extra-ball
& remettre à zéro l’aiguille sur le compteur
ton blues a dérapé sur mon corps de chacal
dans cet hôtel paumé aux murs glacés d’ennui
& pendant que le lit croise l’aéropostale
tu me dis : reprends ton fric aujourd’hui c’est gratuit

lorelei ! lorelei !
ne me lâche pas j’ai mon train qui déraille
lorelei ! lorelei !
& j’suis comme un cobaye qu’a sniffé toute sa paille

tu m’arraches mon armure dans un geste un peu lourd
en me disant : reviens maintenant je te connais
tu m’rappelles mes amants rue barrée à hambourg
quand j’étais l’orpheline aux yeux de feu-follet
tu m’rappelles mes amants perdus dans la tempête
avec le cœur-naufrage au bout des bars de nuit
& tu me dis : reviens je suis ton jour de fête
reviens jouir mon amour dans ma bouche-agonie

lorelei ! lorelei !
ne me lâche pas j’ai mon train qui déraille
lorelei ! lorelei !
& j’suis comme un cobaye qu’a sniffé toute sa paille

le blues a dégrafé nos cœurs de cannibales
dans ce drame un peu triste où meurent tous les shakespeare
le rouge de nos viandes sur le noir sidéral
le rouge de nos désirs sur l’envers de nos cuirs
& je te dis : reviens maintenant c’est mon tour
de t’offrir le voyage pour les galapagos
& je te dis : reviens on s’en va mon amour
recoller du soleil sur nos ailes d’albatros

lorelei ! lorelei !
ne me lâche pas j’ai mon train qui déraille
lorelei ! lorelei !
& j’suis comme un cobaye qu’a sniffé toute sa paille

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Claude Mairet

Exil sur la planète-fantôme

en ce temps-là nos fleurs vendaient leur viande aux chiens
& nous habitions tous de sordides tripots
avec des aiguillages pour nos petits matins
quand le beau macadam nous traitait de salauds
… nous traitait de salauds

nous vivions nos vertiges dans des vibrations folles
& gerbions nos enzymes en nous gueulant : moteur !
mais entre deux voyages, entre deux verres d’alcool
nous n’avions pas le temps de décompter nos heures
… de décompter nos heures

nous étions les danseurs d’un monde à l’agonie
en même temps que fantômes conscients d’être mort-nés
nous étions fossoyeurs d’un monde à l’agonie

en ce temps-là le rien s’appelait quotidien
& nous allions pointer dans les jobs interdits
dans les musiques blêmes, dans les sombres parfums
dans les dédales obscurs où plane la folie
… où plane la folie

& nous avions des gueules à briser les miroirs
à ne montrer nos yeux que dans le contre-jour
mais entre deux délires, entre deux idées noires
nous étions les plus beaux, nous vivions à rebours
… nous vivions à rebours

nous étions les danseurs d’un monde à l’agonie
en même temps que fantômes conscients d’être mort-nés
nous étions fossoyeurs d’un monde à l’agonie

en ce temps-là les gens s’appelaient citoyens
nous, nous étions mutants, nous étions androgynes
aujourd’hui la tempête a lynché mes copains
& je suis le dernier à rater mon suicide
… à rater mon suicide

mais je veux vivre encore plus ivre de cramé
je veux ronger le mal jusque dans ses recoins
j’ai traîné mes vingt siècles d’inutilité
je n’ai plus rien à perdre, mais j’en veux pour ma fin
… j’en veux pour ma faim

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Affaire Rimbaud

la jambe de rimbaud
de retour à marseille
comme un affreux cargo
chargé d’étrons vermeils
dérive en immondices
à travers les égouts
la beauté fut assise
un soir sur ce genou

horreur harar arthur
& tu l’as injuriée
horreur harar arthur
tu l’as trouvée amère… la beauté ?

une saison en enfer
foudroie l’abyssinie
ô sorcière, ô misère
ô haine, ô guerre voici
le temps des assassins
que tu sponsorisas
en livrant tous tes flingues
au royaume de choa

horreur harar arthur
ô bentley, ô châteaux
horreur harar arthur
quelle âme, arthur… est sans défaut ?

les poètes aujourd’hui
ont la farce plus tranquille
quand ils chantent au profit
des derniers danakil
juste une affaire d’honneur
mouillée de quelques larmes
c’est quand même un des leurs
qui fournissait les armes

horreur harar arthur
t’es vraiment d’outre-tombe
horreur harar arthur
& pas… de commission
horreur harar arthur
& pas de cresson bleu
horreur harar arthur
où la lumière… pleut

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Hubert Félix Thiéfaine & Claude Mairet

Confessions d'un never been

les joyeux éboueurs des âmes délabrées
se vautrent dans l’algèbre des mélancolies
traînant leurs métastases de rêve karchérisé
entre les draps poisseux des siècles d’insomnie
ça sent la vieille guenille & l’épicier cafard
dans ce chagrin des glandes qu’on appelle l’amour
où les noirs funambules du vieux cirque barbare
se pissent dans le froc en riant de leurs tours

j’ai volé mon âme à un clown
un cloclo mécanique du rock’n’roll cartoon
j’ai volé mon âme à un clown
un clone au cœur de cône du rêve baby baboon
j’ai volé mon âme… à un clown !

je rêve d’être flambé au-dessus du vésuve
& me défonce au gaz échappé d’un diesel
à la manufacture métaphysique d’effluves
où mes synapses explosent en millions d’étincelles
reflets de flammes en fleurs dans les yeux du cheval
que j’embrasse à turin pour en faire un complice
ivre de prolixine & d’acide cortical
je dégaine mon walther ppk de service

j’ai volé mon âme à un clown
un cloclo mécanique du rock’n’roll cartoon
j’ai volé mon âme à un clown
un clone au cœur de cône du rêve baby baboon
j’ai volé mon âme… à un clown !

bien vibré bien relax en un tempo laid back
rasta lunaire baisant la main d’oméga queen
je crache dans ma tête les vapeurs d’ammoniac
d’un sturm und drang sans fin au bout du never been
fac-similé d’amour & de tranquillisants
dans la clarté chimique de ma nuit carcérale
je suis l’évêque étrusque, un lycanthrope errant
qui patrouille dans le gel obscur de mon mental

j’ai volé mon âme à un clown
un cloclo mécanique du rock’n’roll cartoon
j’ai volé mon âme à un clown
un clone au cœur de cône du rêve baby baboon
j’ai volé mon âme… à un clown !

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : JP Natafles joyeux éboueurs des âmes délabrées

se vautrent dans l’algèbre des mélancolies
traînant leurs métastases de rêve karchérisé
entre les draps poisseux des siècles d’insomnie
ça sent la vieille guenille & l’épicier cafard
dans ce chagrin des glandes qu’on appelle l’amour
où les noirs funambules du vieux cirque barbare
se pissent dans le froc en riant de leurs tours

j’ai volé mon âme à un clown
un cloclo mécanique du rock’n’roll cartoon
j’ai volé mon âme à un clown
un clone au cœur de cône du rêve baby baboon
j’ai volé mon âme… à un clown !

je rêve d’être flambé au-dessus du vésuve
& me défonce au gaz échappé d’un diesel
à la manufacture métaphysique d’effluves
où mes synapses explosent en millions d’étincelles
reflets de flammes en fleurs dans les yeux du cheval
que j’embrasse à turin pour en faire un complice
ivre de prolixine & d’acide cortical
je dégaine mon walther ppk de service

j’ai volé mon âme à un clown
un cloclo mécanique du rock’n’roll cartoon
j’ai volé mon âme à un clown
un clone au cœur de cône du rêve baby baboon
j’ai volé mon âme… à un clown !

bien vibré bien relax en un tempo laid back
rasta lunaire baisant la main d’oméga queen
je crache dans ma tête les vapeurs d’ammoniac
d’un sturm und drang sans fin au bout du never been
fac-similé d’amour & de tranquillisants
dans la clarté chimique de ma nuit carcérale
je suis l’évêque étrusque, un lycanthrope errant
qui patrouille dans le gel obscur de mon mental

j’ai volé mon âme à un clown
un cloclo mécanique du rock’n’roll cartoon
j’ai volé mon âme à un clown
un clone au cœur de cône du rêve baby baboon
j’ai volé mon âme… à un clown !

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : JP Natafle jeu

Mathématiques souterraines

pauvre petite fille sans nourrice
arrachée du soleil
il pleut toujours sur ta valise
& t’as mal aux oneilles
tu zones toujours entre deux durs
entre deux SOS
tu veux jouer ton aventure
mais t’en crèves au réveil

tu fais toujours semblant de rien
tu craques ta mélanco
de 4 à 5 heures du matin
au fond des caboulots
& tu remontes à contrecœur
l’escalier de service
tu voudrais qu’y ait des ascenseurs
au fond des précipices

oh ! mais laisse allumé bébé
y’a personne au contrôle
& les dieux du radar sont tous out
& toussent & se touchent & se poussent
& se foutent & se broutent
oh ! mais laisse allumé bébé
y’a personne au contrôle
& les dieux du radar sont tous out
& toussent & se touchent & se poussent
& se foutent & se mouchent
dans la soute à cartouches…

maintenant tu m’offres tes carences
tu cherches un préambule
quelque chose qui nous foute en transe
qui fasse mousser nos bulles
mais si t’as peur de nos silences
reprends ta latitude
il est minuit sur ma fréquence
& j’ai mal aux globules

oh ! mais laisse allumé bébé
y’a personne au contrôle
& les dieux du radar sont tous out
& toussent & se touchent & se poussent
& se foutent & se broutent
oh ! mais laisse allumé bébé
y’a personne au contrôle
& les dieux du radar sont tous out
& toussent & se touchent & se poussent
& se foutent & se mouchent
dans la soute à cartouches…

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Un vendredi 13 à 5h

ce sera sans doute le jour de l’immatriculée contraception ou une connerie comme ça… cette année-là exceptionnellement, le 15 août tombera un vendredi 13 & j’apprendrai par radio mongole internationale la nouvelle de cette catastrophe aérienne dans le secteur septentrional de mes hémisphères cérébelleux… là où je mouille mes tankers de lucidité comique les nuits où je descends la dernière avenue du globe en traînant ma tête dans un sac en plastique

un vendredi 13 à 5 heures …/…

ce jour-là je pèterai mon cockpit
dans la barranca del muerto
avec ma terre promise en kit
& ma dysenterie en solo
& les anges de la dernière scène
viendront s’affronter à ma trouille
passeport, visa, contrôle des gènes
& radiographie de ma chtouille

je tomberai comme un numéro
4.21 sur le compteur
nuage glacé à fleur de peau
dans l’étrange ivresse des lenteurs
& pour arroser mon départ
je voudrais que mon corps soit distillé
& qu’on paie à tous les traîne-bars
la der des ders de mes tournées

be still my soul
allez ! couchée mon âme… au pied, tranquille !
be still my soul
tout ira bien… au pied ! couchée… hé, couchée !

je m’écraserai sur oméga
chez les clowns du monde inversé
en suppliant wakan tanka
d’oublier de me réincarner

…/… un vendredi 13 à 5 heures

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Claude Mairet

L'agence des amants de madame Müller

un jour… un jour ou l’autre, je sais que la police viendra chez moi pour une sombre histoire de mœurs ou pour me fournir des yogourts à la myrtille… à moins que ce ne soit plutôt pour l’affaire de cette madame müller… de rage, je jetterai mes chats par la fenêtre du douzième étage, je rentrerai mes gosses dans le ventre de ma femme & je leur dirai :

je ne suis pas le mari de madame müller ! depuis longtemps je ne suis plus son amant ! renseignez-vous… à l’agence des amants de madame müller !

messieurs de la police, je n’suis qu’un pauvre musicien, je joue de la chasse d’eau dans un orchestre de free-jazz… vous êtes un peu barjos mais, je suis un peu naze… mais, qu’est-ce que vous faites ? (bis) vous êtes fous ? (bis) non ! arrêtez ! arrêtez ! ah !… oui c’est moi… monsieur le commissaire, vous savez c’est pas tous les jours facile de vivre en société quand on a un peu d’imagination… monsieur le commissaire, j’ai ma névrose… mais monsieur le commissaire, qui n’a pas sa névrose ?

je ne suis pas le mari de madame müller ! depuis longtemps je ne suis plus son amant ! renseignez-vous… à l’agence des amants de madame müller !

je n’ai absolument aucun alibi, ce soir-là justement j’étais sur un coup… sur un coup foireux… j’étais entré dans un bar-tabac & j’avais demandé un paquet de cigarettes-filtre & trois timbres à 100 balles pour poster des lettres à quelques amis… elle est entrée à ce moment précis, nos regards se sont touchés… intérieurement, j’ai craqué… j’ai craqué… (bis) j’ai collé mes trois timbres à 100 balles sur mon paquet de cigarettes-filtre & j’ai fumé mes lettres !

je ne suis pas le mari de madame müller ! depuis longtemps je ne suis plus son amant ! renseignez-vous… à l’agence des amants de madame müller !

monsieur le président, cette insoupçonnable & somptueuse inconnue était vêtue d’un sweater de couleur pastel & d’un jean taillé dans de la toile d’emballage de la manufacture des armes & cycles de saint-étienne… quand nos regards se sont identifiés… j’ai simplement prononcé ces quelques mots : dis-moi qui tu suis… je te dirai qui je hais ! elle m’a répondu : prends-moi… prends-moi ! (bis) alors je l’ai prise & nos corps se sont mélangés sur le bitume du trottoir devant les yeux déchirés & hagards des badauds…

je ne suis pas le mari de madame müller ! depuis longtemps je ne suis plus son amant ! renseignez-vous… à l’agence des amants de madame müller !

entre ces quatre murs, je ne sais vraiment pas quoi faire pour calmer mon ennui… bien sûr, deux fois par jour un infirmier entre dans ma cellule pour contrôler & poinçonner mon ticket ! mais, pour me passer le temps… je n’ai guère que ce souvenir… que ce souvenir ! ce souvenir !

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Je t'en remets au vent

d’avoir voulu vivre avec moi
t’as gâché deux ans de ta vie
deux ans suspendue à ta croix
à veiller sur mes insomnies
pourtant toi tu as tout donné
& tout le meilleur de toi-même
à moi qui ai tout su garder
toujours replié sur moi-même

mon pauvre amour
sois plus heureuse maintenant
mon pauvre amour
je t’en remets au vent

toi tu essayais de comprendre
ce que mes chansons voulaient dire
agenouillée dans l’existence
tu m’encourageais à écrire
mais moi je restais hermétique
indifférent à tes envies
à mettre sa vie en musique
on en oublie parfois de vivre

mon pauvre amour
sois plus heureuse maintenant
mon pauvre amour
je t’en remets au vent

tout est de ma faute en ce jour
& je reconnais mes erreurs
indifférent à tant d’amour
j’accuse mes imbuvables humeurs
mais toi ne te retourne pas
va droit sur ton nouveau chemin
je n’ai jamais aimé que moi
& je reste sans lendemain

mon pauvre amour
sois plus heureuse maintenant
mon pauvre amour
je t’en remets au vent

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

La dèche, le twist & le reste

tous les deux on pousse nos haillons
dans un igloo à bon marché
sous les toits d’une masure bidon
en compagnie des araignées
toi tu vis ta vie d’alcoolique
entre ces quatre murs lamentables
moi je bricole & je fabrique
des chansons qui sont invendables
twiste & chante, moi je flippe (bis)

on bouffe une fois tous les trois jours
avec des boîtes de cassoulet
qu’on arrive à paner en douce
dans leurs superbes supermarchés
& quand on est à bout de fric
tu fous le camp chez les émigrés
leur faire découvrir l’amérique
dans des passes non déclarées
twiste & chante, moi je flippe (bis)

& quand je m’en vais prendre l’air
du côté des femmes faciles
tu te jettes sur la bouteille d’éther
pour ton vol plané à 2000
on ne s’aime plus d’amour & d’eau fraîche
la vue de l’eau te fait hurler
& notre amour à coups de dèche
s’est peu à peu désintégré
twiste & chante, moi je flippe (bis)

on vit comme ça par habitude
& surtout parce que c’est pratique
de pallier la solitude
en buvant à la même barrique
ça peut durer jusqu’à toujours
à moins que l’on ait le courage
de se dire merde un beau jour
& de mettre fin au naufrage
twiste & chante, moi je flippe (bis)

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Un automne à Tanger

lui, sous la pluie
d’un automne à tanger
lui qui poursuit
son puzzle déglingué
lui, dans sa nuit
d’un automne à tanger
lui qui détruit
son ombre inachevée

nous venions du soleil
comme des goélands
les yeux fardés de ciel
& la queue dans le vent
mais nous nous sommes perdus
sous le joug des terriens
dans ces rades & ces rues
réservés au pingouins

lui, sous la pluie
d’un automne à tanger
lui qui poursuit
son puzzle déglingué…

les vagues mourraient blessées
à la marée sans lune
en venant féconder
le ventre des lagunes
& nos corps écorchés
s’immolaient en riant
sous les embruns glacés
d’une chambre océan

lui, dans sa nuit
d’un automne à tanger
lui qui détruit
son ombre inachevée …

d’ivresse en arrogance
je reste & je survis
sans doute par élégance
peut-être par courtoisie
mais je devrais me cacher
& parler à personne
& ne plus fréquenter
les miroirs autochtones

lui, sous la pluie
d’un automne à tanger
lui qui poursuit
son puzzle déglingué
lui, dans sa nuit
d’un automne à tanger
lui qui détruit
son ombre inachevée

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

L'ascenceur de 22h43

attention, attention !
la concierge se trouve actuellement dans l’escalier mais comme elle ne le sait pas vous êtes priés de ne pas la déranger

j’arriverai par l’ascenseur de 22h43
en provenance de babylone
les quais seront encombrés de pendus
laissant claquer leurs mâchoires dans le vent
en guise de discours de bienvenue (bis)

j’arriverai par l’ascenseur de 22h43
en provenance de babylone
je ne connaîtrai rien de tes habitudes
il se peut même que tu sois décédée
mais j’demanderai ta main pour la couper (bis)

attention, attention !
sur le palier numéro 2 l’ascenseur de 22h43 en provenance de babylone est annoncé… veuillez dégager le vide-ordure s’il vous plaît & ne pas laisser les enfants s’amuser avec les fils à haute tension

tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir…

j’arriverai par l’ascenseur de 22h43
& je viendrai relever le compteur de ton ennui
il te faudra sans doute changer de tête
& puis brancher ton cerveau sur ton cœur
rien ne sera plus jamais comme avant (bis)

tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir…

j’arriverai par l’ascenseur de 22h43
& je viendrai relever le compteur de ton ennui
il te faudra sans doute changer de tête
& puis brancher ton cerveau sur ton cœur
rien ne sera plus jamais comme avant (bis)

attention, attention !
le surveillant général vient de sortir de son laboratoire & en refermant sa braguette il a dit aux oiseaux qui piaillaient dans la cour de récréation : hep vous là-bas ! si ça continue faudra que ça cesse… agagagaga !

attention, attention !
désormais vous êtes invités à laisser l’état dans les WC où vous l’avez trouvé en entrant… & puis surtout, n’oubliez pas de me faire envoyer la liste des erreurs constatées au F 756 du 72 03 10

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs)

y’a ta mère qui m’attend avec une mitrailleuse
je ne peux plus m’enfuir les WC sont bouchés
j’aurais encore aimé franchir ta nébuleuse
mais ton corps est cousu de fils blancs barbelés

oh bébé ! dépêche-toi d’te rhabiller
bébé ! toute ta famille est speedée
bébé ! fais gaffe aux retombées
ça va cartonner ! (bis)

y’a ton beauf qu’est revenu dans sa tenue léopard
avec tous ses copains armés jusqu’au nombril
on voit qu’ils sont heureux de ressortir leurs pétards
ça doit leur rappeler le bon temps de l’algérie

oh bébé ! dépêche-toi d’te rhabiller
bébé ! toute ta famille est speedée
bébé ! fais gaffe aux retombées
ça va cartonner ! (bis)

maintenant voilà ton père déguisé en indien
avec une plume dans le fion & ses cartes d’indochine
s’il veut refaire sur moi ce qu’il a fait au tonkin
bientôt je ne serai plus qu’une vieille tache d’hémoglobine

oh bébé ! dépêche-toi d’te rhabiller
bébé ! toute ta famille est speedée
bébé ! fais gaffe aux retombées
ça va cartonner ! (bis)

déjà tous tes voisins entonnent le te deum
ne tire pas la chasse d’eau on va se faire repérer
passe moi plutôt le bickford qu’est planqué dans ton chewing-gum
& maintenant tiens-toi bien on va tout faire sauter

oh bébé ! dépêche-toi d’te rhabiller
bébé ! toute ta famille est speedée
bébé ! fais gaffe aux retombées
ça va cartonner ! (bis)

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Alligators 427

alligators 427
aux ailes de cachemire-safran
je grille ma dernière cigarette
je vous attends
sur cette autoroute hystérique
qui nous conduit chez les mutants
j’ai troqué mon cœur contre une trique
je vous attends
je sais que vous avez la beauté destructive
& le sourire vainqueur jusqu’au dernier soupir
je sais que vos mâchoires distillent l’agonie
moi je vous dis bravo & vive la mort !

alligators 427
à la queue de zinc et de sang
je m’tape une petite reniflette
je vous attends
dans cet étrange carnaval
on a vendu l’homo sapiens
pour racheter du néandertal
je vous attends
& les manufactures ont beau se recycler
y’aura jamais assez de morphine pour tout le monde
surtout qu’à ce qu’on dit vous aimez faire durer
moi je vous dis bravo & vive la mort !

alligators 427
aux longs regards phosphorescents
je mouche mon nez, remonte mes chaussettes
je vous attends
& je bloque mes lendemains
je sais que les mouches s’apprêtent
autour des tables du festin
je vous attends
& j’attends que se dressent vos prochains charniers
j’ai raté l’autre guerre pour la photographie
j’espère que vos macchabes seront bien faisandés
moi je vous dis bravo & vive la mort !

alligators 427
aux crocs venimeux & gluants
je donne un coup de brosse à mon squelette
je vous attends
l’idiot du village fait la queue
& tend sa carte d’adhérent
pour prendre place dans le grand feu
je vous attends
j’entends siffler le vent au-dessus des calvaires
& je vois les vampires sortir de leurs cercueils
pour venir saluer les anges nucléaires
moi je vous dis bravo & vive la mort !

alligators 427
aux griffes d’or & de diamant
je sais que la cigüe est prête
je vous attends
je sais que dans votre alchimie
l’atome ça vaut des travellers-chèques
& ça suffit comme alibi
je vous attends
à l’ombre de vos centrales je crache mon cancer
je cherche un nouveau nom pour ma métamorphose
je sais que mes enfants s’appelleront vers de terre
moi je vous dis bravo et vive la mort !

alligators 427
au cerveau de jaspe & d’argent
il est temps de sonner la fête
je vous attends
vous avez le goût du grand art
& sur mon compteur électrique
j’ai le portrait du prince-ringard
je vous attends
je sais que désormais vivre est un calembour
la mort est devenue un état permanent
le monde est aux fantômes, aux hyènes et aux vautours
moi je vous dis bravo et vive la mort !

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Sweet Amanite phalloïde queen

pilote aux yeux de gélatine
dans ce vieux satellite-usine
manufacture de recyclage
des mélancolies hors d’usage
ô sweet amanite phalloïde queen (ter)

je suis le captain m’achab
aux ordres d’une beauté-nabab
prima belladona made in
moloch city destroy-machine
ô sweet amanite phalloïde queen (ter)

amour-amok & paradise
quand elle fumivore ses king-size
dans son antichambre d’azur
avant la séance de torture
ô sweet amanite phalloïde queen (ter)

je suis le rebelle éclaté
au service de sa majesté
la reine aux désirs écarlates
des galaxies d’amour-pirate
ô sweet amanite phalloïde queen (ad lib.)

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Claude Mairet

La maison Borniol

hé, y’a quelqu’un ?
oh, y’a quelqu’un ?
c’est moi borniol
& je viens livrer le cercueil
si vous m’payez un coup d’alcool
ben moi j’vous fais les clous à l’œil
ouais, c’est moi borniol
service rapide & je contente
même la veuve du guignol
vu qu’je fais le service après-vente

les temps sont durs, c’est pas mariole
vivement que revienne le choléra
je pourrai changer de chignole
& me payer le cinéma
& si le choléra marche bien
je pourrai faire des folies
j’agrandirai mon magasin
& je prendrai des apprentis

je serai la maison borniol
le supermarché de la mort
cercueils à fleurs pour les pauvres mômes
& à roulettes pour les vieillards
je serai la maison borniol… borniol… borniol
maison borniol (bis)
bières, cercueils, catafalques
maison borniol (bis)
demandez notre catalogue automne/hiver
maison borniol (bis)
15 % de réduction sur suicide collectif
maison borniol (bis)

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Soleil cherche futur

l’infirmier de minuit distribue le cyanure
& demande à noé si le charter est prêt :
hé mec ! il manque encore les ours & les clônures
mais les poux sont en rut, faut décoller pas vrai ?
& les voilà partis vers d’autres aventures
vers les flèches où les fleurs flashent avec la folie
& moi je reste assis, les poumons dans la sciure
à filer mes temps morts à la mélancolie
soleil ! soleil !
n’est-ce pas merveilleux de se sentir piégé ?

paraît que mon sorcier m’attend à chihuahua
ou bien dans un clandé brumeux de singapour
mais j’traîne les PMU avec ma gueule de bois
en rêvant que la barmaid viendra me causer d’amour
& j’tombe sur l’autre chinetoque dans cette soute à proxos
qui me dit : viens prendre un verre tu m’as l’air fatigué
laisse tomber ta cuti, deviens ton mécano
c’est depuis le début du monde que l’homme s’est déchiré
soleil ! soleil !
n’est-ce pas merveilleux de se sentir piégé ?

râ !… rat !… râ !

adieu gary cooper ! adieu che guevara !
on se fait des idoles pour planquer nos moignons
maintenant le vent s’engouffre dans les nirvânas
& nous sommes prisonniers de nos regards bidon
les monstres galactiques projettent nos bégaiements
sur les murs de la sphère où nous rêvons d’amour
mais dans les souterrains les rêveurs sont perdants
serions-nous condamnés à nous sentir trop lourds ?
soleil ! soleil !
n’est-ce pas merveilleux de se sentir piégé ?

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Claude Mairet

Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable

coupable !… coupable !

je me sens coupable d’avoir assassiné mon double dans le ventre de ma mère & de l’avoir mangé
je me sens coupable d’avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté de me pendre avec mon cordon ombilical
je me sens coupable d’avoir offensé & souillé la lumière du jour en essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes yeux la première fois où j’ai voulu voir où j’en étais
je me sens coupable d’avoir méprisé tous ces petits barbares débiles, insensibles, insipides & minables qui couraient en culotte courte derrière un ballon dans les cours de récréation
& je me sens coupable d’avoir continué à les mépriser beaucoup plus tard encore alors qu’ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges, des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des évêques ou des chimpanzés névropathes
je me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte & par les ricanements cyniques & confus de mes cellules nerveuses

je me sens coupable !… coupable !

je me sens coupable d’avoir été dans une vie antérieure l’une de ces charmantes petites créatures que l’on rencontre au fond des bouteilles de mescal & d’en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu
je me sens coupable d’être tombé d’un tabouret de bar dans un palace pour vieilles dames déguisées en rockstar, après avoir éclusé sept bouteilles de dom pé 67 dans le seul but d’obtenir des notes de frais à déduire de mes impôts
je me sens coupable d’avoir arrêté de picoler alors qu’il y a des milliers d’envapés qui continuent chaque année à souffrir d’une cirrhose ou d’un cancer du foie ou des conséquences d’accidents provoqués par l’alcool
de même que je me sens coupable d’avoir arrêté de fumer alors qu’il y a des milliers d’embrumés qui continuent chaque année à souffrir pour les mêmes raisons, à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés
& je me sens aussi coupable d’être tombé de cénobite en anachorète & d’avoir arrêté de partouzer alors qu’il y a des milliers d’obsédés qui continuent chaque année à souffrir d’un claquage de la bite, d’un durillon du clitoris, d’un anthrax max aux roubignolles, d’une overdose de chagatte folle, d’un lent pourrissement scrofuleux du scrotum & du gland, de gono, de blenno, de tréponem, de chancres mous, d’HIV ou de salpingite

je me sens coupable !… coupable !

je me sens coupable d’être né français, de parents français, d’arrière arrière etc… grands-parents français, dans un pays où les indigènes pendant l’occupation allemande écrivirent un si grand nombre de lettres de dénonciation que les nazis les plus compétents & les mieux expérimentés en matière de cruauté & de crimes contre l’humanité en furent stupéfaits & même un peu jaloux
je me sens coupable de pouvoir affirmer qu’aujourd’hui ce genre de pratique de délation typiquement française est toujours en usage & je prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers écœurés, certains fonctionnaires de certaines administrations particulièrement troublés & choqués par ce genre de pratique
je me sens coupable d’imaginer la tête laborieuse de certains de mes voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux & dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef d’œuvre de l’anonymat
je me sens coupable d’avoir une gueule à être dénoncé !

je me sens coupable !… coupable !

je me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter : c’est la turlute finale !
je me sens coupable de remettre de jour en jour l’idée de me retirer chez mes Nibelungen intimes & privés dans la partie la plus sombre de mon inconscient afin de m’y repaître de ma haine contre la race humaine & même contre certaines espèces animales particulièrement sordides, serviles & domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux, les chèvres, les tamagoshis & les poissons rouges
je me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955 un peu après 17h40 au volant du spider porsche 550 qui percuta le coupé ford de monsieur donald turnupseed
je me sens coupable d’avoir commencé d’arrêter de respirer alors qu’il y a quelques 6 milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de se battre entre eux & de s’accrocher à leur triste petite part de néant cafardeux

je me sens coupable !… coupable ! (bis)
coupable !… coupable !

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Hubert Félix Thiéfaine, Patrice Marzin & Valentin Cobranera

Toboggan

trafiquant de réminiscences
volées à des foules amnésiques
j’ai longtemps laissé ma conscience
vagabonder sur sa musique
les vents violents venus des villes
m’entraînent au cœur d’un ouragan
& déjà je suis dans la file
qui conduit vers le toboggan (bis)
je me souviens d’étoiles filantes
distordues dans mes galaxies
d’où j’appelais l’horloge parlante
pour avoir de la compagnie
les feux de mes nuits éphémères
tracent un point d’orgue sur mon chant
je n’suis qu’un escroc solitaire
un truand qui blanchit du vent
qui blanchit des mots & du vent
inutile, absurde & tremblant
dans l’ordre d’un destin troublant
j’écoute le souffle de l’instant
& l’accélération du temps
là-bas devant le toboggan (bis)
poursuivi par des vieilles rengaines
des mots d’amour, des mails transis
j’abandonne à la faune urbaine
les garanties de ma survie
les vents violents venus d’ailleurs
soufflent & sifflent en se lamentant
& maintenant devrais-je avoir peur
& fuir devant le toboggan ? (bis)

Paroles : Hubert Félix Thiéfaine
Musique : Hubert Félix Thiéfaine & Christopher Board

La fille du coupeur de joints

elle descendait de la montagne
sur un chariot chargé de paille
sur un chariot chargé de foin
la fille du coupeur de joints (bis)

elle descendait de la montagne
en chantant une chanson paillarde
une chanson de collégien
la fille du coupeur de joints (bis)

ben nous on était cinq chômeurs
à s’lamenter sur notre malheur
en se disant qu’on se taperait bien
la fille du coupeur de joints (bis)

elle descendait de la montagne
v’là qu’elle nous voit vers les murailles
& qu’elle nous fait : coucou les gens !
la fille du coupeur de joints (bis)

ben v’là qu’elle nous prend par la taille
puis qu’elle nous emmène sur sa paille
elle nous fait le coup du zeppelin
la fille du coupeur de joints (bis)

ben nous on était cinq chômeurs
à s’payer une tranche de bonheur
une tranche de tagada tsoin-tsoin
la fille du coupeur de joints (bis)

quand on eut passé la ferraille
elle nous fit fumer de sa paille
sacré bon dieu que c’était bien
la fille du coupeur de joints (bis)

plus question de chercher du travail
on pédalait dans les nuages
au milieu des petits lapins
la fille du coupeur de joints (bis)

elle descendait de la montagne
en chantant une chanson paillarde
une chanson de collégien
la fille du coupeur de joints (ad lib.)

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine

Dernière station avant l'autoroute

on s’est aimé dans les maïs
t’en souviens-tu, mon anaïs ?
le ciel était couleur de pomme
& l’on mâchait le même chewing-gum

Paroles & Musique : Hubert Félix Thiéfaine